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mercredi, 01 juin 2016

Votre chronique : Pierre Rabhi appelle à « quitter le culte de la croissance indéfinie »

Communiqué par le 27 mai 2016

"Pierre Rabhi appelle à « quitter le culte de la croissance indéfinie »

Pierre Rabhi appelle à « quitter le culte de la croissance indéfinie »

COP 21 et persistance d’un modèle de consommation obsolète 

Déjà en amont de la COP21, Pierre Rabhi exprimait ses doutes quant à son efficacité. Le fondateur du mouvement Colibri était assez pessimiste sur le sujet : « Il ne sortira rien de cette énième grand-messe. J’ai du mal à croire que les changements structurels nécessaires y soient actés ». Car, pour lui, la COP21 ne s’attaque pas « aux sources des déséquilibres ».

Quelles sont alors les sources de ce déséquilibre à la fois écologique, mais aussi économique (entre les pays du Nord et du Sud, par exemple) ? Selon le sage paysan, c’est notre modèle économique même et notre façon de consommer. Il en appelle donc à « quitter le culte de la croissance indéfinie ».

Arrêter d’en vouloir toujours plus : la seule solution 

Seule solution pour s’en sortir, quitter ces pratiques effrénées de consommation, pour se tourner vers d’autres solutions plus durables et modérées dans leur fonctionnement : « Il faut entrer dans une nouvelle ère, celle de la modération : modération de la consommation et de la production ». Au rang des choses à supprimer : la pêche industrielle, l’agriculture intensive, etc.

Une nouvelle façon de consommer et de créer de la richesse doit être mise en place, selon Rabhi. Et cette nouvelle façon, c’est l’agroécologie, concept qu’il défend depuis longtemps. Cette nouvelle vision de l’agriculture promeut le compostage, la pluriculture, la recherche de complémentarité entre les espèces, la réintroduction des haies, etc. Une  façon de cultiver la terre qui a déjà fait ses preuves, notamment lors de la mission qu’il a menée en 1981 au Burkina Faso, avec son association Terre et Humanisme : l’expérience a permis aux paysans burkinabés de retrouver une autonomie alimentaire, qu’ils peinaient à atteindre lorsqu’ils essayaient de se développer selon les lois de la mondialisation.

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Ce qui l’inquiète : la récupération de cette idéologie par les multinationales

L’idée de l’agroécologie se répand de plus en plus dans les médias, dans les discours des politiques, dans celui des grands groupes, etc. Une évolution qui, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ne réjouit pas son chantre tant que cela. Pierre Rabhi considère l’adoption de ce discours comme un leurre des grandes multinationales, qui se cachent derrière du greenwashing.

« L’agroécologie, ne se résume pas à des techniques, mais répond à une éthique de vie qui consiste à préserver la terre en tant que patrimoine », déclare-t-il, nous rappelant aussi la composante humaine de l’agroécologie, que certaines grandes entreprises négligent toujours, alors même qu’elles prétendent aller vers une agriculture plus durable. Une agriculture plus équilibrée passera par l’arrêt de l’exploitation de l’humain, pense l’agronome algérien.

Contre l’agriculture industrielle : les initiatives citoyennes

Désillusionné sur le pouvoir des initiatives gouvernementales et internationales, comme la COP21, Pierre Rabhi n’est pourtant pas pessimiste. Il entrevoit une lueur d’espoir au bout du chemin : les initiatives citoyennes. Selon le sage de l’agroécologie, c’est par le bas que se fera la révolution de demain.

« La société civile est en train de se forger un nouvel imaginaire face à un système à bout de souffle, dont le déclin se traduit par la montée du chômage, de la pauvreté et de nombreux déséquilibres. (…)Les innovations sociales qui se multiplient sur les territoires, dans l’écologie, les énergies renouvelables, l’éducation… sont autant d’expérimentations qui vont assurer le futur», décrypte Pierre Rabhi.

C’est pourquoi lui-même souhaite épouser le mouvement et lui fournir un nouveau souffle. Au micro du Monde, il confie envisager de «lancer une plate-forme citoyenne, un forum civique qui révélera tout ce qu’entreprend la société civile. Un inventaire dynamique des alternatives, en quelque sorte, qui permettra, quelques mois avant les échéances de 2017, de montrer aux politiques ce que font les citoyens ».

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À quand un véritable support politique ? 

Pour Rabhi, on l’a compris, l’initiative vient d’en bas, des citoyens qui prennent conscience de l’obsolescence d’un modèle économique. Mais pour que cette révolution verte soit véritablement mise en place, il faudrait que ces initiatives qui viennent « par le bas », remontent « vers le haut » : « Si nous avions des politiques intelligents, ils appuieraient ces initiatives qui émanent de la société civile ». 

Rien n’est moins sûr en cette période de crise : entre élections présidentielles qui approchent et incompréhension des politiques, l’agroéconomie peut encore attendre. Il n’y a, pour s’en convaincre, qu’à se rappeler les mots récents de Sarkozy, qui définit l’agroécologie comme « une véritable obsession pour la destruction de notre puissance agricole qui serait remplacée par la possibilité donnée aux bobos d’aller faire leurs courses à la ferme dans le cadre des circuits courts ». Une analyse qui passe fondamentalement à côté d’une tendance émergente et dynamique de notre nouvelle société.

Cette incompréhension des sphères politiques conduit à l’immobilisme vis à vis de l’écologie et de l’industrie alimentaire. Pourtant, selon Rabhi, « il y a urgence. Car ce n’est pas la planète qui est en danger, mais l’humanité. La Terre, elle, en a vu d’autres ».

Sources : Interview de Rabhi par Le MondeLe mépris de Nicolas Sarkozy pour l’agroécologie